Du blues taillé dans le rock !

Chronique du concert du 21/06/2005 - Retour sommaire GALERIE

Fête de la musique... Concert sauvage...

Le public devant la scène improvisée...

Après quelques années à avoir, comme beaucoup d'autres, célébré cet évènement en musique, dans les différents quartiers de la capitale, on a pensé qu'il était temps de faire tomber quelques idées reçues selon lesquelles les musiciens de tous bords, amateurs ou pros, devaient se produire gracieusement sous pretexte que c'est la fête de la musique. Je pense notamment à certains dirigeants d'établissements qui voient comme une faveur le fait d'offrir généreusement une prise de courant, quelques bières et un coin de trottoir aux musiciens venus chercher un asile éphémère. Evidemment, comme beaucoup de musiciens, le 21 juin est avant tout pour nous, un prétexte pour se retrouver et empoigner nos instruments pour faire la joie des copains, des fans fidèles ou du public de passage, sans objectifs de recettes. Mais quand la prestation collabore à remplir les caisses du troquet, la moindre des choses est de rémunérer l'artiste dans une mesure raisonnable. D'autant que c'est souvent nos potes qui payent. L'idée étant, avant tout, de passer un bon moment, cette année nous avons décidé de partir à l'aventure sans rien demander à personne, avec notre attirail et notre nouvel ami, le groupe électrogène !...
Ludo dans le camion
Périph fluide
Goran dans le camion

Après avoir chargé notre sono, nos amplis, nos guitares et quelques barrières métalliques empruntées à la ville (oui, j'ai dit "empruntées"!) à bord de mon vieux camion Citroën qui nous offrait une véritable scène de 5 mètres de long, nous avons pris la route avec notre embarcation digne d'une BD de Margerin... Boooooorn to be wiiiiild !...

Nous voilà donc partis, Goran et moi, sur notre vieux bahut toujours vaillant bien que plus que trentenaire (comme nous tous !), tels des gamins sur un manège, le sourire aux lèvres et les yeux brillants d'impatience. Gilles et Péo, nos envoyés spéciaux sur place, étaient chargés de repérer les lieux et de soudoyer les agents de la maréchaussée afin de pouvoir investir un emplacement adéquat à nos ébats musicaux. Finalement, on a bien fait d'attendre et de ne pas partir trop tôt... "Périph fluide", c'est comme dans un rêve. A peine 1/2 heure de route, radioguidés tant bien que mal par Gilles, malgré le ronronnement du Diesel.

Nous avions décidé de nous rendre vers les quais de Seine (de scène !), du côté de la bibliothèque François Mitterrand, premièrement parce qu'on ne voulait pas trop s'enfoncer dans les méandres de la capitale et subir la circulation, surtout après nos journées de boulot respectives, et puis aussi parce que l'endroit nous semblait agréable et suffisamment spacieux pour y accueillir un large public. Notre première surprise fut de voir à quel point l'endroit était fréquenté... pire que sur les plages de Saint-Tropez en plein mois d'août ! Il faut dire que la météo nous avait particulièrement gâtés. Les quais noirs de monde, et visiblement, pas de groupes à proximité... une aubaine !

Premières négociations avec les gardiens de la paix... (comme disait Coluche, au lieu de nous la garder, ils feraient mieux de nous la foutre !). Cela dit, on doit avouer que l'encadrement était particulièrement bienvenu et bien organisé. C'était appréciable et rassurant à la fois. Nous nous sommes adressé au premier agent assermenté à l'entrée de la passerelle qui descend sur les quais, et il nous a aimablement répondu qu'il était hors de question de nous laisser accéder avec notre véhicule. Tous les groupes devaient s'installer avant 18h. Désormais, tous les accès étaient bloqués...

Les quais avant le concert...
Les quais avant le concert...


Evidemment, étant donné qu'on débarquait à l'improviste et au culot, il fallait se douter que la tâche n'allait pas être aisée. Il faut dire aussi que descendre sur les quais avec notre camion gros comme un mammouth parmis la foule relevait de la cascade, mais ça ne nous faisait pas peur. Je me voyais déjà ajouter à l'agent : "Je vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours..." à la façon "tontons flingueurs", mais je craignais que mon sens de l'humour ne soit pas du goût de tout le monde, ce qui risquait de gâcher un peu la fête !

En bons élèves, nous avons donc fait profil bas et avons repris la route sur une centaine de mètres vers la 2ème entrée. Là, un agent plus jeune et sans doute moins expérimenté nous a acceuillis. En bons roublards que nous sommes, nous lui avons simplement confié que son collègue à l'autre bout du quai nous avait conseillé d'utiliser cette entrée, beaucoup plus pratiquable. "Ah... et bien, si mon collègue vous l'a dit, allez-y."
Ouf, notre sens de la diplomatie était enfin récompensé. Tels des repris de justices de série-B, nous avions franchi le premier barrage. On s'enfonçait alors avec notre mastodonte parmi la foule incrédule, jusqu'à l'emplacement de rêve que nous avaient réservé nos complices. Un parking immense nous attendait au bord de l'eau, et toujours une foule impressionnante qui naviguait de péniches en buvettes.

Le grand déballage
Le grand déballage...
Une fois nos marques prises, nous nous affairions à dérouler nos câbles, et déjà les curieux commençaient à s'agglutiner timidement comme des poules autour d'un sac de grain. Tout s'annonçait plutôt bien, un petit vent frais ébourriffait nos chevelures décadentes, quand soudain, un trouble-fête vint nous annoncer d'un ton appuyé qu'il était hors de question qu'on reste stationné là, que c'était un parking privé... bla-bla-bla... (malin, maintenant qu'on a tout déballé !). Etant d'un naturel très courtois, nous avons donc commencé à parlementer en argumentant intelligemment nos propos. Bah oui, après tout, le parking était peut-être privé mais aucune pancarte n'en faisait mention, et puis la péniche à laquelle appartenait le-dit parking était fermée ce soir-là. Alors, on ne voyait pas en quoi c'était gênant, surtout un soir pareil !
(On fait pas de mal hé... on est une bande de jeunes, on s'fend la gueule !...). D'autant plus que le public commençait à s'attrouper, affamés comme des mouches autour d'un pot de miel. J'aime autant vous dire qu'il aurait fallu un régiment pour les décoller. C'était un peu comme si on essayait de retirer un os de la gueule d'un chien. L'individu, bien déterminé, s'éloigna pour téléphoner, sans doute au propriétaire des lieux, puis disparut dans la foule sans qu'on ait pu parlementer plus longtemps. Bref, on ne l'a jamais revu...

L'émeute semblait donc évitée et le public chaud comme la braise s'impatientait. Un bon coup de ficelle sur le lanceur et le groupe électrogène démarra au quart de tour (ouf !). Quelques réglages succincts, une pseudo-balance et hop... on est parti pour 2h30 non-stop de blues rock'n'rollé. Le résultat était au-dessus de nos espérances... un vrai concert en plein air sur une scène digne de ce nom, une énergie communicative, avec un public déchaîné... le pied ! Entre nos propres compositions, nous avons enchaîné un bon répertoire de standards pour le plaisir de tous.
Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, il a bien fallu qu'on remballe, au grand désespoir des irréductibles qui avaient manqué le début. Mais pas d'inquiétude, on reviendra. Car cette année, la fête de la musique portait bien son nom...

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[ par Ludovic Grden ]

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